Je voulais le voir pour plusieurs raisons :
1. Voir un bon film, puisque les critiques le disaient tel.
2. Vérifier aussi que ce n'était pas un de ces étranges objets cinématographiques encensés par les critiques par fidélité au réalisateur mais dont la grâce est inaccessible au commun des mortels dont je fais partie, comme Les Mystères de Lisbonne, de Raoul Ruiz, soit-disant chef d'œuvre qui m'avait plongé dans l'affliction la plus totale.
Donc, on criait au génie, je demandais à voir.
3. Par curiosité, pour l'aspect chronique de la drague homo, pour en apprendre davantage sur les éventuelles particularités des rapports entre hommes.
4. Ça passait au Louxor, et ça m'amusait d'aller voir ce monument réhabilité récemment par la Mairie de Paris.
Le bilan :
L'inconnu du lac est incontestablement un bon et beau film. Les images du paysage sont sublimes dans une très jolie lumière.
C'est très bien construit, avec un systématisme qui fonctionne bien autour de l'unité de lieu : tout le film se passe autour du lac, et chaque journée commence et finit sur le parking, un lieu important pour savoir qui est là. Cela donne au film un rythme familier, comme une chanson à refrain.
Certes, c'est assez lent, mais la montée du suspense donne de la tension à cette langueur, à ces plans étirés, où la seule musique est celle des sons de la nature.
Les dialogues, minimalistes, sont très justes et très efficaces. Pas de verbiage inutile, tout est dit en quelques phrases ciselées et percutantes.
C'est intéressant aussi sociologiquement, sur ce que ça donne à voir sur les lieux de drague gay. C'est cash et efficace, pas besoin de tourner autour du pot, les hommes se rencontrent et se comprennent en un regard ou un geste. Et pour autant cela n'empêche pas l'attachement, ni certains réflexes de possessivité, assez drôles dans le film.
Alors, c'est sûr, il faut s'habituer aux images. Le site est naturiste et c'est un festival de queues et de testicules (épilées, les testicules, apparemment c'est un standard. Les torses aussi, d'ailleurs : ils sont tous à poil, mais sans poils !) Les scènes de sexe sont plus explicites qu'on ne le voit jamais dans les films mettant en scène des amours hétéros, et les images justifient parfaitement l'interdiction aux moins de 16 ans. Mais, curieusement, c'est assez joliment joué et filmé pour qu'elles ne soient pas si dérangeantes : on n'est pas non plus dans le gros plan appuyé du film porno…
Bref, sans crier au chef d'œuvre non plus, j'ai apprécié ce film, même si les fins en queue (!) de poisson m'énervent toujours. Sous couvert de laisser les options ouvertes, n'y a t-il pas un peu de paresse là-dedans ?
Un élément étrange, le parti pris radical "no music" : même pas sur le générique de fin, ce qui est cohérent avec le reste du film mais laisse la salle sortir dans un silence intimidé : personne n'ose se parler !
Et sinon, le lieu : très chouette endroit, Le Louxor, avec ses mosaïques et son bar du 3ème étage en terrasse, le sacré-cœur se profilant derrière l'enseigne lumineuse de TATI : so parisien !!
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