lundi 16 décembre 2013

The Lunbox : rencontre de solitudes dans la multitude de Bombay

The Lunchbox

Une belle histoire de solitudes dans la multitude de Bombay…
Solitude d'Ila, jolie femme négligée par son mari, qui tourne en rond chez elle et lui cuisine de délicieux déjeuners,  livrés à son bureau comme un million de repas le sont chaque jour à Bombay. 
Solitude de Saajan, comptable veuf proche de la retraite, austère et sévère, dont les repas sont livrés depuis un restaurant. 
Solitude de son futur remplaçant, orphelin dans un pays où la famille compte tant, qui va s'attacher aux pas de son mentor-malgré-lui. 
Une erreur de livraison de Lunchbox va relier ces solitudes…
En fond d'écran de cette histoire pulse le rythme trépidant de la mégalopole, efficacement traduit par des images récurrentes de trains bondés, d'aiguillages byzantins, de flots de voyageurs, de myriades de dallawallas qui transportent les Lunchbox à vélo puis en train… Cette frénésie, cette foule extérieures contrastent avec la monotonie et la solitude des vies d'Ila et de Saajan que l'on découvre par petites touches, en parallèle l'une de l'autre.  
C'est un film attachant et fort, dont les images et l'atmosphère restent longtemps en tête. 
C'est un film à voir. 

The Lunbox : rencontre de solitudes dans la multitude de Bombay

The Lunchbox

Une belle histoire de solitudes dans la multitude de Bombay…
Solitude d'Ila, jolie femme négligée par son mari, qui tourne en rond chez elle et lui cuisine de délicieux déjeuners,  livrés à son bureau comme un million de repas le sont chaque jour à Bombay. 
Solitude de Saajan, comptable veuf proche de la retraite, austère et sévère, dont les repas sont livrés depuis un restaurant. 
Solitude de son futur remplaçant, orphelin dans un pays où la famille compte tant, qui va s'attacher aux pas de son mentor-malgré-lui. 
Une erreur de livraison de Lunchbox va relier ces solitudes…
En fond d'écran de cette histoire pulse le rythme trépidant de la mégalopole, efficacement traduit par des images récurrentes de trains bondés, d'aiguillages byzantins, de flots de voyageurs, de myriades de dallawallas qui transportent les Lunchbox à vélo puis en train… Cette frénésie, cette foule extérieures contrastent avec la monotonie et la solitude des vies d'Ila et de Saajan que l'on découvre par petites touches, en parallèle l'une de l'autre.  
C'est un film attachant et fort, dont les images et l'atmosphère restent longtemps en tête. 
C'est un film à voir. 

lundi 25 novembre 2013

The Immigrant, superproduction décevante du pourtant grand James Gray !

Grosse déception ! 
Thème prometteur, pourtant: début du siècle, les grandes vagues d'immigration, Ellis Island… on attend Il était une fois en Amérique avec une fille pour héroïne, on attend du souffle et de la sensibilité : c'est James Gray, quand même, The Yards, La Nuit nous appartient, Two Lovers…
Las ! On trouve un scénario creux qui tire peu parti du contexte historique, une histoire rebattue et peu convaincante à l'écriture décousue, des dialogues ampoulés qui sonnent faux, un jeu soit figé (Cotillard) soit excessif (Phoenix) qui rend les personnages peu attachants… Gray semble s'être égaré dans un film de commande à gros budget : The Immigrant est un blockbuster sans finesse. Et que dire de l'affiche, d'une laideur remarquable ! 

mardi 19 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table ! Un Guillaume Gallienne virtuose, touchant et hilarant à la fois !

Film sensible, intelligent et très drôle. Très touchant aussi, pour l'intimité qu'il livre et son éclairage sur une problématique pas si simple à traiter sans pathos : la recherche de son identité sexuelle. 
Un festival de jeu d'acteur, plus nourri par la sensibilité que par une science du jeu. 
GG est extraordinaire, drôle et touchant à la fois à chaque instant. Quel acteur mais aussi quelle personnalité ! 
Il illumine son film de bout en bout et fait volontiers pardonner les quelques faiblesses de la construction et les quelques scènes superflues. 

mardi 5 novembre 2013

Quai d'Orsay : brillante adaptation d'un brillant exercice

Adaptation très fidèle de l'excellente BD par Bertrand Tavernier, Quai d'Orsay est un exercice brillant qui traduit efficacement l'énergie et le chaos des antichambres ministérielles, et la démesure du personnage du fameux Ministre. Quelques trouvailles visuelles parviennent à restituer l'effet tornade du dit Ministre, bien campé par Thierry Lhermitte, plus à l'aise cependant dans la gestuelle et ses emportements que dans les (rares) dialogues à peu près calmes. Niels Arestrup, chef de cabinet, est magnifique en cheville ouvrière qui dénoue les pires crises sans se départir d'un calme olympien avec lequel il neutralise les envolées du Ministre. Raphaël Personnaz est parfaitement juste en idéaliste fasciné par le Ministre et dépassé par les événements.  

Un regret quand au scénario : toute l'histoire retrace les moments qui précèdent le fameux discours de Villepin à  l'ONU pour exprimer la position de la France sur la guerre en Irak. Or les extraits décousus du discours final montrés dans le film le vident de son sens et laissent une impression d'absurdité qui ne correspond ni à la réalité ni aux intentions de la BD.

mardi 22 octobre 2013

L'invention de nos vies : un roman très actuel… trop, peut-être ?

À vouloir trop marquer son caractère contemporain, thème dans l'air du temps et écriture d'une modernité volontariste, Karine Tuil m'a un peu agacée. 
J'ai aimé la rapidité de l'écriture, moins les effets de style affectés, comme les listes d'adjectifs séparés par des / (cocher l'adjectif de son choix !) ou les mots abscons (enfarger et obombré, franchement…) 
Pourtant… 2 destins qui s'inversent plusieurs fois comme des vases communicants, un juif, un arabe, l'un qui pioche dans la biographie de l'autre les ingrédients lui permettant de réinventer une identité échappant à la discrimination, une femme qui oscille entre l'un et l'autre et choisit toujours le perdant… c'était prometteur.
J'ai aimé le sujet, qui tourne autour de la revanche sociale et de l'identité, mais il aurait mérité d'être plus creusé. 
J'ai moins aimé le raccrochage in extremis au terrorisme, traité aussi rapidement qu'un reportage TV. 
Qui trop embrasse mal étreint : à vouloir traiter trop de sujets, les cités, le déterminisme social, le succès, le communautarisme, l'islamisme radical, la beauté… la romancière ouvre des pistes qui laissent le lecteur sur sa faim. 
Les personnages féminins m'ont laissée songeuse également, tous victimes, tous passifs vis-à-vie des hommes, même la riche et brillante épouse américaine  qui n'existe que par son père…
Au final un roman qu'on lit avec un intérêt teinté d'agacement : pris par le suspense bien ficelé l'intérêt des thèmes, mais avec force claquements de langue agacés ! 

samedi 12 octobre 2013

Gabrielle, film lumineux de Louise Archambault : une histoire d'amour comme les autres pour des jeunes presque comme les autres



Formidable concentré  d’humanité et de justesse, ce film vous cloue au fauteuil par l’émotion et l’empathie qu’il dégage du début à la fin. Un magnifique regard sur cette volonté de vivre une histoire d’amour comme les autres pour des jeunes pas tout à fait comme les autres. La réalisatrice filme au plus près la difficulté pour ces jeunes handicapés intellectuels (respectueuse expression québéquoise) de se positionner entre souhait d’autonomie et besoin d’assistance. La difficulté, aussi,  pour leurs familles, de réaliser cet équilibre délicat entre veiller sur eux et les laisser  vivre leur vie. N’est-ce pas finalement la grande question de l’éducation, exacerbée ici par le handicap ? 
Fil rouge jubilatoire de ce film bouleversant et optimiste, la musique de Charlebois et de Niagara ("Pendant que les champs brûlent", magique ! ) donne à ces jeunes chanteurs un plaisir qui les transfigure et qu'ils transmettent magnifiquement aux spectateurs. 

Faillir être Flingué : un roman vif et imagé, à lire comme on regarde un western

Céline Minard a dû aimer les westerns qu'on regardait enfants sur FR3 le mardi soir... Son roman nous y ramène et nous emmène à sa suite à la Conquête de l' Ouest, le vrai. Celui des pionniers sur leur chariot et des chinois dans leur blanchisserie, des cowboys et des indiens d'avant Disneyland, des grandes plaines et des petites villes qui poussent comme des champignons. Des clichés ? Peut-être, mais on retrouve avec tant de plaisir l'imaginaire du western, dans une ambiance à la Deadwood faite de boue et de sauvagerie mais aussi d'entraide et même d'amour ! Ca scalpe, ça dépèce, ça vaccine, ça chamanise, ça ruse, ça galope, ça fume, ça flingue, ça boit, ça baise et ça prend des bains... ça vit !
Et on se régale, malgré un début rendu un peu confus par le foisonnement des personnages, mais qui se clarifie à mesure que chacun taille sa route vers son Eldorado.
Allez hop, à cheval !

mardi 8 octobre 2013

Au Revoir Là-haut, roman féroce et réjouissant de Pierre Lemaître

Au Revoir Là-Haut évoque sans complaisance la fin et les suites de la Grande Guerre, ses absurdités et ses gueules cassées, en une farce féroce et jubilatoire. Les personnages, très vivants, sont bien incarnés par la plume enlevée et acérée de Pierre Lemaître, dont l'humour acerbe a parfois des tendresses qui parviennent presque à rendre attachants les plus odieux d'entre eux ! Il restitue également très bien l'époque post Grande Guerre, son affairisme et ses compromissions. C'est un roman vif et méchant, intelligent et réjouissant, au suspense bien construit. C'est une réussite ! 

La Vie Domestique, film d'Isabelle Cjaska

24 heures de la vie d'une femme, parfaite Emmanuelle Devos, vivant du bon côté d'une banlieue à 2 vitesses, pavillons cossus côté Parc, cité à problèmes de l'autre. 
Comme ses voisines, elle a mis sa carrière entre parenthèses pour s'occuper de ses enfants… et emménagé en banlieue, toujours pour les enfants… Elle vit ce positionnement bâtard de celle qui travaille à temps partiel : elle travaille, mais pas vraiment, du point de vue de son mari : "des heures d'appoint pour un salaire d'appoint"… Lequel mari espère en secret qu'elle ne décrochera pas le job de ses rêves, à plein temps et à Paris,  parce que, quand même, ça va être compliqué…

Par ces petites phrases si justes, par ces scènes et ces images si vraies, la cinéaste décrit avec une précision d'entomologiste un quotidien divisé en 2 sphères étanches : celle des femmes et celle des hommes. La vie domestique pour les femmes : enfants, courses, coup d'éponge sur la table, cuisine américaine…
La vraie vie, pour les hommes : celle de l'extérieur, où ils font des choses si importantes, sans lesquelles le monde ne saurait tourner…

C'est le café des mamans, avec les commentaires sur l'actualité du quartier, l'aménagement de la cuisine, les malheurs de la cité à problèmes… et le choix de la variété de Nespresso.
 
C'est le dîner avec les voisins, qu'on ne connaît pas très bien, avec qui on parle immobilier et boulot de ces messieurs, et où chacun reste campé sur ses préjugés et son contentement de soi. 

C'est l'heure du square ou du shopping au centre commercial, où sous l'air désinvolte affleure le désarroi de l'une, que l'autre affecte de ne pas entendre car ce serait reconnaître le sien… 

L'effet miroir est redoutable, car on a tous entendu ou prononcé ces mots, tous vécu ces scènes, qu'on habite Paris, la Banlieue ou la Province.

Et en même temps… ça reste des problèmes de bourgeoises : à côté des gens de la cité, au fond, on est plutôt heureuses, dit l'une en affichant un sourire bravache qui dit tout le contraire…

Certes on pourrait creuser, explorer davantage les autres personnages, la fin laisse un peu sur sa faim… Mais c'est toute la force de cette évocation que de ramasser tout un petit monde en une seule journée : inutile d'en rajouter. Autant aller se coucher après une dernière clope bercée par le ronron du lave-vaisselle. Histoire de laisser le mari s'endormir avant…

mercredi 25 septembre 2013

Surprises du Métro

Les pubs Converse revisitées par un grapheur sauvage, belle technique mêlant collage et peinture ! À voir station Gare de L'Est, couloirs entre ligne7 et ligne 4…

lundi 23 septembre 2013

Grand Prix Cinéma de Elle: sélection

Dans l'ordre de sortie en salle : 

Gabrielle
De Louise Archambault (Québec) 
Sortie le 16 octobre

Quai d'Orsay 
De Bertrand Tavernier (France) 
Sortie le 13 novembre

Les Garçons et Guillaume, à table ! 
De Guillaume Gallienne ( France) 
Sortie le 20 novembre

The Immigrant
De James Gray (USA)
Sortie le 27 novembre 

Casse-tête chinois
De Cédric Klapisch (France) 
Sortie le 4 décembre

The Lunchbox 
De Ritesh Batra (Inde)
Sortie le 11 décembre 

Suzanne
De Katell Quillévéré (France)
Sortie le 18 décembre 

Tel père, tel fils
De Tore Heda (Japon) 
Sortie le 25 décembre 













Grand Prix Elle Cinéma 2013

En juin j'ai eu l'excellente surprise de voir ma candidature acceptée pour faire partie du Jury du Grand Prix Cinema des lectrices de Elle ! 
Au programme : en un week-end, voir 8 films en avant-première, les commenter et en débattre avec les 49 autres jurées et les journalistes cinéma de Elle, puis les noter afin de déterminer le Grand Prix 2013… c'est pas un week-end-end de rêve, ça ??
C'était ce we, et c'était un pur bonheur de cinéphile ! 
Critiques à suivre. 

Jeune et Jolie

Avant de commenter le formidable Grand Prix cinéma de Elle auquel j'ai eu le plaisir de participer ce week-end, quelques mots sur Jeune et Jolie, de François Ozon.
Vu vendredi dernier, ce film intrigant et dérangeant m'a trotté un moment dans la tête, bien que j'aie eu du mal à entrer dedans au début.  
De ce que pense, cherche, vit et ressent l'héroïne de 17 ans, on n'apprendra rien, on ne pourra formuler que des hypothèses. Comme dans la vraie vie : peut-on jamais savoir ce que pensent et vivent les gens qui nous entourent, s'ils ne nous le confient pas ? Il n'y a finalement au cinéma ou dans la littérature qu'on nous décrypte obligeamment les sentiments des autres !
Ici on devine, on observe, on suppose. Pas de démonstration didactique, pas de morale de l'histoire. J'ai aimé suivre cette opaque Isabelle et chercher à comprendre, sans jamais en être sûre, ce qu'elle poursuit dans ces relations anonymes et tarifées, dont elle ne dépense pas les gains tout en refusant d'en être spoliée. 
Ce n'est en aucun cas un film sur la prostitution, c'est plutôt un film sur la quête de soi, comme le très beau Le Refuge du même Ozon avec Isabelle Carré. C'est très bien filmé, interprété et construit, et ça marche si l'on accepte l'absence de réponse rationnelle et rassurante. 
Un point cependant : les clients d'Isabelle ne peuvent pas ne pas savoir qu'elle est mineure malgré les 20 ans qu'elle annonce. Mais ils choisissent de se cacher derrière leur petit doigt et ne se posent surtout pas trop de question…

lundi 8 juillet 2013

Loin de Chandigarh, superbe roman indien

Publié en 2005, Loin de Chandigarh est un roman de Tarun J Tejpal, journaliste indien éditeur d'un hebdomadaire d'investigation, Tehelka, qui lui a valu une tentative d'assassinat. 
Cette histoire d'amour en Inde du Nord traite de la passion charnelle et de l'inspiration littéraire, des maux de l'Inde contemporaine et des soubresauts de son histoire, et célèbre la beauté des régions de montagnes du Nord, aux confins de l'Himalaya. L'écriture est autant poétique que l'oeil est acéré, et l'auteur signe une analyse et une description des rapports amoureux qui ferait réfléchir bien des auteurs de "mamy-porn" américaines et leur pauvreté de vocabulaire !
La construction, chronologiquement non linéaire est un peu complexe, avec quelques digressions, mais retombe habilement sur ses pieds pour une jolie fin. 
C'est un roman singulier et passionnant, qui incite à découvrir la Littérature indienne contemporaine,  décidément très riche. 
Cet  auteur a également écrit l'Histoire de mes assassins, roman plus journalistique dans lequel il se penche sur le sort des indiens pauvres et de basses castes, inspiré par les tueurs engagés pour le supprimer. Prometteur ! 

vendredi 5 juillet 2013

L'inconnu du Lac, au cinéma Le Louxor

L'inconnu du Lac n'est pas un inconnu : qui n'en a pas entendu parler, entre sa présentation à Cannes, l'interdiction de son affiche à Versailles et Saint-Cloud, et les critiques pour la plupart dithyrambiques ?  
Je voulais le voir pour plusieurs raisons : 
1. Voir un bon film, puisque les critiques le disaient tel. 
2. Vérifier aussi que ce n'était pas un de ces étranges objets cinématographiques encensés par les critiques par fidélité au réalisateur mais dont la grâce est inaccessible au commun des mortels dont je fais partie, comme Les Mystères de Lisbonne, de Raoul Ruiz, soit-disant chef d'œuvre qui m'avait plongé dans l'affliction la plus totale. 
Donc, on criait au génie, je demandais à voir.
3. Par curiosité, pour l'aspect  chronique de la drague homo,  pour en apprendre davantage sur les éventuelles particularités des rapports entre hommes. 
4. Ça passait au Louxor, et ça m'amusait d'aller voir ce monument réhabilité récemment par la Mairie de Paris. 

Le bilan : 
L'inconnu du lac est incontestablement un bon et beau film. Les images du paysage sont sublimes dans une très jolie lumière. 
C'est très bien construit, avec un systématisme qui fonctionne bien autour de l'unité de lieu : tout le film se passe autour du lac, et chaque journée commence et finit sur le parking, un lieu important pour savoir qui est là. Cela donne au film un rythme familier, comme une chanson à refrain. 
Certes, c'est assez lent, mais la montée du suspense donne de la tension à cette langueur, à ces plans étirés, où la seule musique est celle des sons de la nature. 
Les dialogues, minimalistes, sont très justes et très efficaces. Pas de verbiage inutile, tout est dit en quelques phrases ciselées et percutantes.
C'est intéressant aussi sociologiquement, sur ce que ça donne à voir sur les lieux de drague gay. C'est cash et efficace, pas besoin de tourner autour du pot, les hommes se rencontrent et se comprennent en un regard ou un geste. Et pour autant cela n'empêche pas l'attachement, ni certains réflexes de possessivité, assez drôles dans le film. 
Alors, c'est sûr, il faut s'habituer aux images. Le site est naturiste et c'est un festival de queues et de testicules (épilées, les testicules, apparemment c'est un standard. Les torses aussi, d'ailleurs : ils sont tous à poil, mais sans poils !)  Les scènes de sexe sont plus explicites qu'on ne le voit jamais dans les films mettant en scène des amours hétéros, et les images justifient parfaitement l'interdiction aux moins de 16 ans. Mais, curieusement, c'est assez joliment joué et filmé pour qu'elles ne soient pas si dérangeantes : on n'est pas non plus dans le gros plan appuyé du film porno…
Bref, sans crier au chef d'œuvre non plus, j'ai apprécié ce film, même si les fins en queue (!)  de poisson m'énervent toujours. Sous couvert de laisser les options ouvertes, n'y a t-il pas un peu de paresse là-dedans ? 

Un élément étrange, le parti pris radical "no music" : même pas sur le générique de fin, ce qui est cohérent avec le reste du film mais laisse la salle sortir dans un silence intimidé : personne n'ose se parler ! 

Et sinon, le lieu : très chouette endroit, Le Louxor, avec ses mosaïques et son bar du 3ème étage en terrasse, le sacré-cœur se profilant derrière l'enseigne lumineuse de TATI : so parisien !! 

mercredi 3 juillet 2013

Le plaisir féminin vu par un romancier indien : extrait de "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal


"Fizz hurlait en silence -dents serrées, bouche ouverte. Seuls ceux qui ont vu une femme pousser un cri muet dans l'orgasme savent à quel point il est assourdissant. Le sien déchirait la chambre et déchainait ma frénésie. 
De temps à autre elle atteignait des sommets si hauts que, l'ayant perdue de vue, je devais attendre quelle redescende pour renouer le contact. 
Parfois, elle revenait impatiente de repartir à l'assaut d'un autre pic. Parfois elle revenait affaiblie et je devais la préparer  à nouveau. Je tentais de la suivre, de rester à sa hauteur, mais ce n'était pas toujours possible. 
Il n'y a pas de doute : dans le sexe les hommes stationnent au camp de base. Ils peuvent jouir des nombreux plaisirs de la moyenne montagne, mais les sommets vertigineux leur sont refusés. Il leur manque le souffle, l'imagination, l'abandon, l'anatomie. Leur tâche consiste à préparer les vrais grimpeurs : les femmes, artistes des hautes cimes. Ces chamois capables de sauter d'arête en arête, de sommet en sommet, jusqu'à la vastitude de l'éternité. 
(…)
Les hommes rusés attendent et jouissent par procuration. Ils inventent pornographie et plaisirs de substitution. Ils encouragent les alpinistes, les admirent de loin et en tirent du bonheur. 
Les hommes stupides mettent les chamois aux fers. Ils serrent les rangs, inventent la religion, la moralité, les lois, érigent des palissades et interdisent les montagnes. Nul n'ira où ils ne peuvent aller. Les hauteurs sont perdues à jamais."

Une saisissante vision, et une intéressante piste d'explication de siècles d'oppression des femmes : excision, voile intégral, claustration, soumission... pour interdire ce qu'on est incapable de partager ?

Littérature, cinéma et fantasmes féminins : Ozon, Djian, Tejpal et les femmes

"Loin de Chandigarh" est un excellent roman de l'écrivain Indien Tarun J Tejpal. Il raconte les affres de la création vécues par un journaliste se rêvant écrivain, à qui l'angoisse de la page blanche fait perdre l'appétit, et l'appétit sexuel en particulier. Dans ce roman, un auteur homme parle d'une façon magnifique de l'orgasme féminin et de ce qu'il inspire aux hommes (voir l'extrait).
Il n'est pas facile pour les hommes de parler de la sexualité féminine : pauvre François Ozon, cloué au pilori de la bienséance féministe pour avoir osé évoquer un fantasme féminin, celui de la prostitution. Assez courant, en effet, je partage son avis, mais moi j'ai le droit de le dire puisque je suis une femme.
Et encore, je risque aussi de me faire attaquer en abordant un sujet avec lequel la société n'est pas au clair. Expression de la liberté de disposer de son corps pour certains, marchandisation du corps à éradiquer pour d'autres, incontestablement objet de trafics et d'oppression au détriment des plus faibles...
François Ozon, en évoquant ce fantasme à propos de son film "Jeune et Jolie" présenté à Cannes, a eu l'imprudence de s'exprimer sans user des éléments de langages et précautions oratoires usuelles afin de déminer le sujet... Et omis de rappeler l'évidence : un fantasme, comme son nom l'indique, est un acte imaginaire, qui se vit en pensée dans des conditions idéales qui n'ont que peu à voir avec la prostitution vécue.
Le buzz provoqué par cette gaffe remplira-t-il les salles à la sortie du film le 21 Août ? La "polémique", mot préféré des journalistes en panne d'inspiration, sera oubliée mais comptons sur eux pour la rappeler.

Philippe Djian, dans son roman "Oh...!", Prix Interallié 2012, campe une narratrice féminine qui à la suite d'un viol prend finalement un goût inavouable à rejouer diverses scènes de sexe sous contrainte avec son partenaire. Cela n'a dérangé personne, pas de "polémique", pas de hauts cris, pas de tribune pour dénoncer une vision machiste de la sexualité féminine. Car Djian, lui, ne s'est pas exprimé sur le sujet. Il fallait donc le lire... ce qui prend plus de temps que de rebondir sur l'interview d'un cinéaste !
Je l'ai lu, j'ai aimé son personnage de femme quadragénaire volontaire et désabusée, je l'ai trouvé crédible, et ce fantasme de viol ne m'a pas outrée. Il est couramment évoqué dans la littérature érotique féminine sans que ça dérange personne.
Les femmes n'aiment pas, semble-t-il, que les hommes évoquent leur sexualité, et pourtant comment ne pas comprendre qu'elle les fascine ?
Lisez ce qu'en dit Tarun J Tejpal dans l'extrait que je vous livre, vous m'en direz des nouvelles !