mardi 8 octobre 2013

La Vie Domestique, film d'Isabelle Cjaska

24 heures de la vie d'une femme, parfaite Emmanuelle Devos, vivant du bon côté d'une banlieue à 2 vitesses, pavillons cossus côté Parc, cité à problèmes de l'autre. 
Comme ses voisines, elle a mis sa carrière entre parenthèses pour s'occuper de ses enfants… et emménagé en banlieue, toujours pour les enfants… Elle vit ce positionnement bâtard de celle qui travaille à temps partiel : elle travaille, mais pas vraiment, du point de vue de son mari : "des heures d'appoint pour un salaire d'appoint"… Lequel mari espère en secret qu'elle ne décrochera pas le job de ses rêves, à plein temps et à Paris,  parce que, quand même, ça va être compliqué…

Par ces petites phrases si justes, par ces scènes et ces images si vraies, la cinéaste décrit avec une précision d'entomologiste un quotidien divisé en 2 sphères étanches : celle des femmes et celle des hommes. La vie domestique pour les femmes : enfants, courses, coup d'éponge sur la table, cuisine américaine…
La vraie vie, pour les hommes : celle de l'extérieur, où ils font des choses si importantes, sans lesquelles le monde ne saurait tourner…

C'est le café des mamans, avec les commentaires sur l'actualité du quartier, l'aménagement de la cuisine, les malheurs de la cité à problèmes… et le choix de la variété de Nespresso.
 
C'est le dîner avec les voisins, qu'on ne connaît pas très bien, avec qui on parle immobilier et boulot de ces messieurs, et où chacun reste campé sur ses préjugés et son contentement de soi. 

C'est l'heure du square ou du shopping au centre commercial, où sous l'air désinvolte affleure le désarroi de l'une, que l'autre affecte de ne pas entendre car ce serait reconnaître le sien… 

L'effet miroir est redoutable, car on a tous entendu ou prononcé ces mots, tous vécu ces scènes, qu'on habite Paris, la Banlieue ou la Province.

Et en même temps… ça reste des problèmes de bourgeoises : à côté des gens de la cité, au fond, on est plutôt heureuses, dit l'une en affichant un sourire bravache qui dit tout le contraire…

Certes on pourrait creuser, explorer davantage les autres personnages, la fin laisse un peu sur sa faim… Mais c'est toute la force de cette évocation que de ramasser tout un petit monde en une seule journée : inutile d'en rajouter. Autant aller se coucher après une dernière clope bercée par le ronron du lave-vaisselle. Histoire de laisser le mari s'endormir avant…

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